Ève (‘Hava en hébreu) n’avait qu’un seul commandement à respecter : ne pas manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance. Pourtant, elle écouta le serpent, qui lui dit de manger le fruit défendu, puis invita son mari, Adam, à en faire autant. C’est un récit tragique qui a conduit bien des gens à se demander : qu’est-ce qui a bien pu l’amener à écouter le serpent ?
Avant de répondre à cette question, il est intéressant de noter que la Torah nous dit que « le serpent était le plus rusé de toutes les bêtes sauvages que D.ieu avait créées… »1 ce qui indique que le serpent usa de sa ruse pour inciter Ève à manger le fruit défendu. Les commentateurs expliquent que les arguments du serpent correspondent aux tactiques dont se sert notre propre mauvais penchant pour nous inciter à fauter. En examinant le stratagème du serpent, nous comprendrons également mieux le fonctionnement du mauvais penchant.
Ajouter à la parole de D.ieu
Le Talmud2 souligne que D.ieu avait ordonné à Adam et Ève3 de ne pas manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance. Pourtant, Ève déclara au serpent4 que D.ieu leur avait ordonné de ne pas en manger et de ne pas toucher l’arbre.
D.ieu avait ordonné à Adam de ne pas manger du fruit de l’arbre, mais Adam se dit que ne pas toucher l’arbre les empêcherait d’en manger. Aussi, lorsqu’il transmit le commandement à Ève, il ajouta que D.ieu avait dit de ne pas y toucher.5
À ces mots, le serpent la poussa sournoisement contre l’arbre, lui montrant qu’il ne lui arriverait rien si elle le touchait et, par conséquent, qu’il ne lui arriverait rien si elle en mangeait le fruit.
Cela, explique le Talmud, nous enseigne que quiconque ajoute à la Torah finit par en retrancher quelque chose. En attribuant à tort à D.ieu une interdiction supplémentaire, Ève finit par fauter et manger du fruit défendu.
Le serpent mangea le premier
Il avait été dit à Ève qu’elle mourrait lorsqu’elle mangerait du fruit de l’Arbre de la Connaissance. Rav Don Its’hak Abravanel affirme que le serpent contesta cela en montrant qu’il pouvait manger du fruit de l’arbre sans en subir de conséquences,6 ce qui amena Ève à supposer que la « véritable »7 raison du commandement était, comme l’affirmait le serpent, que « D.ieu sait que, dès que vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des êtres divins… »8
(Fait intéressant, selon cette explication, le serpent ne parla pas réellement. Il suggéra plutôt par ses actes le message que l’Écriture lui attribue.)
L’attrait du plaisir interdit
Rabbi ‘Haïm ibn Attar, le « Or Ha’haïm »,9 explique que les premières paroles du serpent nous permettent d’entrevoir certaines des tactiques qu’il employa (tout comme le mauvais penchant).
Le serpent commença par demander : « D.ieu a-t-Il vraiment dit : “Vous ne mangerez du fruit d’aucun des arbres du jardin” ? »10
Que voulait-il donc dire par là ? Le serpent savait assurément que tous les autres arbres étaient permis. Il insinuait plutôt que tous les fruits faisaient pâle figure à côté du fruit de cet arbre et que, tant qu’elle n’en aurait pas goûté le fruit, ce serait comme si elle n’avait jamais mangé le fruit d’aucun arbre.
Ainsi, le mauvais penchant s’emploie à diminuer notre désir de ce qui est permis tout en augmentant notre désir de ce qui est interdit.
« Tout est interdit »
Selon une autre explication, le serpent suggérait que tous les autres arbres du Jardin avaient été plantés à partir de branches de l’Arbre de la Connaissance. Ainsi, selon son raisonnement, leurs fruits auraient dû, en réalité, être eux aussi interdits à la consommation.
C’est une autre manière pour le mauvais penchant de tenter les gens. Il cherche à exagérer et à accentuer la difficulté d’accomplir les mitsvot, puis convainc la personne qu’en raison des « obstacles insurmontables », il est impossible d’observer correctement les mitsvot.11
Où concentrer ses efforts
Le Rabbi explique que le mauvais penchant cherche à amener une personne à faire le contraire de ce que D.ieu veut. Lorsque l’accomplissement d’une mitsva précise revêt une importance particulière, le mauvais penchant redouble d’efforts pour empêcher la personne de l’accomplir. Ainsi, alors qu’Adam et Ève n’avaient qu’une seule mitsva, le serpent mobilisa tout son pouvoir de tentation et de séduction pour les amener à fauter. Dans notre propre vie, lorsqu’une mitsva précise nous semble particulièrement difficile à accomplir, il se peut que ce soit justement sur cette mitsva que nous devions concentrer nos efforts.12
En savoir plus que D.ieu
Les maîtres ‘hassidiques expliquent qu’Adam et Ève savaient que leur vie dans le Jardin devait consister à élargir sans cesse leur conscience du divin « en cultivant et en gardant ».
En suggérant à Ève que tous les fruits étaient peut-être interdits, le serpent cherchait à glisser subtilement dans son esprit l’idée que D.ieu voulait peut-être les empêcher de profiter pleinement de Sa création et limiter leur capacité à accomplir Ses desseins. Il ne leur permettait pas d’utiliser tous les moyens à leur disposition pour faire de ce monde Sa demeure, ce qui revenait à saboter leurs efforts. « S’Il vous a refusé ce fruit, c’est comme s’Il vous avait refusé tous les fruits ! » Ainsi, le serpent convainquit Ève qu’il savait mieux que D.ieu Lui-même comment accomplir les desseins de D.ieu.
C’est une autre manière dont le mauvais penchant agit habituellement. Il ne cherche pas (du moins au début) à nous convaincre de fauter, car, en tant qu’êtres humains, nous raisonnons logiquement et refuserions. Il nous convainc plutôt que transgresser la volonté explicite de D.ieu est un raccourci pour accomplir Son véritable dessein, et que l’acte prétendument fautif est en réalité méritoire.
Maintenant que nous savons pourquoi Ève écouta le serpent, nous pouvons mieux comprendre les ruses sournoises de notre propre serpent rusé, le mauvais penchant, en prendre conscience et le vaincre.

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