Le Zohar est considéré comme le texte principal de la Kabbale. Sa place de premier plan dans la mystique juive ne tient pas seulement à son ancienneté ni à l’auteur auquel il est attribué. D’autres ouvrages fondamentaux de la Kabbale, comme le Sefer Yetsira et le Sefer Habahir, sont d’origine plus ancienne. L’importance du Zohar tient plutôt à l’ampleur et à la richesse de son contenu : il devint la source de presque tous les enseignements kabbalistiques ultérieurs faisant autorité, notamment ceux de l’école de Rabbi Its’hak Louria et d’autres maîtres. L’ouvrage Chalchélet HaKabbala (p. 31b) considère que le Zohar actuellement en notre possession n’est qu’une fraction de l’œuvre originale, et affirme que le Zohar complet était si vaste qu’il aurait suffi à charger tout un chameau.

Rabbi Chimone lui-même semble avoir écrit une partie du Zohar… alors qu’il se cachait dans une grotte pour échapper aux autorités romaines…

Qui a écrit le Zohar ?

Le Zohar lui-même attribue la révélation des mystères de la Torah à Rabbi Chimone bar Yo’haï – connu par l’acronyme « Rachbi » –, le Tanna du IIe siècle qui occupe une place centrale dans le Zohar, et à son groupe de disciples (« ‘Hevraya » en hébreu), parmi lesquels son fils Rabbi Elazar, son scribe Rabbi Abba, Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi ben Yaakov, Rabbi Its’hak, Rabbi ‘Hizkiya, Rabbi ‘Hiya, Rabbi Yossi et Rabbi Yaakov bar Idi. (Tikounei Zohar 1a ; Zohar ‘Hadach, Tikounim, 93d).

Rabbi Chimone lui-même semble avoir écrit une partie du Zohar, décrite comme « la Première Michna » – la ‘Haboura Kadmaa mentionnée dans le Zohar III, p. 219a –, alors qu’il se cachait dans une grotte pour échapper aux autorités romaines qui voulaient le mettre à mort. Le Zohar affirme que l’un des principaux disciples du Rachbi, Rabbi Abba, consigna l’essentiel de ses enseignements (Zohar II, 123b. Voir également ibid. III, 287b et 296b). En outre, des sources anciennes indiquent que la composition du Zohar s’étendit de l’époque du Rachbi à celle de ses disciples et de la génération suivante, qui consignèrent de nombreux enseignements transmis oralement par Rabbi Chimone à ses proches compagnons et à ses disciples.1

L’œuvre fut ainsi élaborée sur plusieurs générations.

Comment le Zohar fut-il révélé ?

Illustration par Sefira Lightstone
Illustration par Sefira Lightstone

La forme actuelle du Zohar, organisée selon l’ordre des parachiot de la Torah, est beaucoup plus tardive, très vraisemblablement de l’époque des Guéonim, et comporte certaines interpolations introduites par ces rédacteurs tardifs.2

Le Zohar… hâte la rédemption et attire l’influx divin…

Le Zohar demeura caché pendant de nombreux siècles, car l’étude de la Kabbale était réservée à un petit nombre de personnes qualifiées. Il ne réapparut qu’au XIIIe siècle, lorsqu’il fut rendu public par l’un des grands kabbalistes vivant alors en Espagne, Rabbi Moché de León. Certains pensaient que le Ramban – Rabbi Moché ben Na’hman, v. 1194–1270 de l’ère commune –, lui-même kabbaliste renommé, avait fait parvenir le Zohar d’Israël par bateau à son fils en Catalogne, mais que le navire avait été détourné et que les textes étaient parvenus entre les mains de Rabbi Moché de León (Chem HaGuedolim, ‘Hida, Sefarim, Zaïn, 8). D’autres expliquèrent que ces manuscrits avaient été cachés dans une chambre forte pendant mille ans, puis découverts par un roi arabe qui les envoya à Tolède afin qu’ils y soient déchiffrés. Certains soutinrent que des conquistadors espagnols avaient découvert les manuscrits du Zohar, parmi beaucoup d’autres, dans une académie de Heidelberg (Chem HaGuedolim, ibid.). D’autres explications ont également été avancées.

Les maîtres de la Kabbale attribuent à l’étude du Zohar une puissance particulière : elle annule les décrets sévères, allège les épreuves de l’exil, hâte la rédemption et attire l’influx divin et les bénédictions (voir Rabbi Avraham Azoulay, avant-propos à Or Ha’Hama, p. 2d). La simple récitation des textes sacrés du Zohar est elle aussi d’un grand mérite, même lorsqu’on ne les comprend pas (Rabbi ‘Haïm David Azoulay, Moré Be’Etsba II, 43).

Traductions du Zohar

Idéalement, il convient de faire l’effort de comprendre les textes.3

La langue du Zohar est cependant ardue, sans compter la difficulté de ses principes et de ses notions mystiques. La majeure partie du Zohar est écrite en araméen. Aussi entreprit-on à plusieurs reprises de traduire le Zohar en hébreu. On connaît plusieurs traductions anciennes, comme celle du célèbre Rabbi Israël ibn Al-Nakava au XIVe siècle4 et celle d’un certain Rabbi Berakhiel, apparemment vers le XVIe siècle. Rabbi ‘Haïm Vital, le principal disciple de Rabbi Its’hak Louria, fait référence à une traduction hébraïque (Derekh Emet sur Zohar I, 34b), qui pourrait être l’une de ces deux traductions.

Au siècle dernier, Rav Yehouda Rosenberg composa une traduction hébraïque d’une sélection de textes, puis Rav Chmouel Kipnis réalisa une autre traduction par la suite. Tous deux réorganisèrent le contenu du Zohar selon l’ordre des versets bibliques et omirent les passages mystiques les plus difficiles, laissant ainsi la plus grande partie du Zohar non traduite. Plus récemment, Rav Yehouda Ashlag a réalisé une excellente traduction hébraïque.5

La structure du Zohar

Bien que l’on parle généralement du Zohar comme d’une seule œuvre en plusieurs volumes, comprenant le Zohar, les Tikounei Zohar et le Zohar ‘Hadach, il s’agit en réalité d’une compilation de plusieurs traités ou sections plus courtes – environ vingt sections principales. Les voici :

Le corps principal du Zohar, parfois appelé également Midrash HaZohar, rédigé sous forme de commentaire sur des sections et des passages de la Torah.

Sifra de-Tsniouta, ou « Livre des matières cachées ». C’est un commentaire sur Béréchit, la première paracha du livre de la Genèse (Zohar II, 176b–179a).

Idra Rabba, ou « Grande Assemblée ». Rabbi Chimone bar Yo’haï y révèle à ses disciples les mystères des passages très ésotériques du Sifra de-Tsniouta (Zohar III, 127b–145a).

Idra Zouta, ou « Petite Assemblée ». Y sont décrits le décès de Rabbi Chimone bar Yo’haï et les enseignements qu’il révéla juste avant sa mort. La méthode de rédaction du Zohar y est également brièvement décrite (Zohar III, 287b–296b).

Idra de-Bei Michkana, l’« Assemblée du Tabernacle », où est étudiée la section de la Torah consacrée au Tabernacle (Zohar II, 127a-b à 146b).

Razine de-Razine, le « Secret des secrets », ou « Mystère des mystères », traite de la ‘hokhmat ha-partsouf – la « science du visage » – et de la ‘hokhmat ha-yad – la chiromancie (Zohar II, 70a–78a ; Zohar ‘Hadach 35b–37c).

Heikhalot, « Chambres », décrit les sept chambres de lumière perçues par le mystique pendant la prière, ou par un juste lorsque son âme quitte ce monde et s’élève vers les hauteurs (Zohar I, 38a–45b et Zohar II, 244b–268b).

• Les Matnitine et les Tossefta sont de brefs énoncés de principes kabbalistiques, développés plus amplement dans les sections qui les suivent. (Ils sont disséminés dans les trois volumes du Zohar et se trouvent également en plusieurs endroits du Zohar ‘Hadach.)

Ra’aya Mehemna, « le Berger fidèle », propose un exposé kabbalistique des commandements positifs et des interdictions de la Torah (disséminé dans les volumes 2 et 3. L’essentiel du Ra’aya Mehemna se trouve dans Zohar II, 114a–121a, III 97–104, 108b –112a, 121b –126a, 215a–259b, 270b –283a).

Sitrei Torah, « Secrets de la Torah », est une interprétation mystique de certains passages de la Torah (on la trouve dans Zohar I, 74a–75b, 76b–80b, 88a–90a, 97a–102a, 108a–111a, 146b–149b. Selon certains, la section de Zohar I, 15a–22b constitue le Sitrei Torah sur la Genèse).

Midrash HaNéélam, « Midrash caché », porte sur diverses sections de la Torah (Zohar ‘Hadach 2b–30b ; Zohar I 97a–140a ; Zohar II, 4a–5b, 14a–22a), ainsi que sur le Cantique des cantiques.

Saba de-Michpatim, la sagesse d’un vieillard qui révèle les secrets de la réincarnation et de la transmigration contenus dans la section de la Torah consacrée aux lois relatives à l’esclave hébreu (Zohar II, 94b–114a). [Pour une étude plus développée du Saba, cliquez ici.]

Yenouka, « l’Enfant ». Discours d’un jeune enfant qui révèle des mystères de la Torah (Zohar III, 186a–192a).

Rav Metivta décrit un voyage à travers le jardin d’Éden et propose un exposé sur la destinée des âmes (Zohar III, 161b–174a).

Zohar sur Chir HaChirim, exposé kabbalistique du Cantique des cantiques (Zohar ‘Hadach 61d –75a).

Kav HaMida, « la Ligne de mesure ». Éclairages mystiques sur la prière du Chema Israël (Zohar ‘Hadach 56d–58d).

Sitrei Otiot, « Mystères des lettres », expose les secrets de l’alphabet hébraïque (Zohar ‘Hadach 1–9).

Tikounei Zohar et addenda. Ils traitent de soixante-dix permutations du premier mot de la Torah, « Béréchit », et proposent des commentaires sur diverses autres sections de l’Écriture.

Zohar ‘Hadach, commentaire sur la Torah, ainsi que sur le Cantique des cantiques, Ruth et les Lamentations. La section consacrée au Cantique des cantiques fait en réalité partie du Midrash HaNéélam.

[Adapté de « Zohar », introduction de Rav Moshé Miller ; et de l’avant-propos au Zohar, par Rav Immanuel Schochet.]